L’année 2025 aura été riche en décisions structurantes pour la sécurité au sens large, qu’il s’agisse de protection des personnes, de sécurité privée ou de cybersécurité. Tour d’horizon des mesures et tendances marquantes qui ont façonné le paysage français.
Professionnalisation de la sécurité privée
Les pouvoirs publics ont renforcé le cadre d’exercice des agents de sécurité. L’arrêté du 27 janvier 2025 a autorisé la formation continue en distanciel. Les modules abordent les mises à jour juridiques, la prévention du terrorisme et la connaissance des valeurs républicaines ; le texte impose des séances synchrones en visioconférence et exige un strict suivi des présences et le respect du RGPD (1). Quelques mois plus tard, l’arrêté du 1er septembre 2025 a refondu la formation initiale : un tronc commun est complété par des annexes selon l’activité (surveillance humaine, cynotechnie, vidéosurveillance, protection rapprochée armée ou non, enquête privée, etc.), conditionnant l’obtention de la carte professionnelle (2).
Pour harmoniser les pratiques, le CNAPS a publié le 7 mai 2025 trois référentiels de contrôle destinés aux inspecteurs et aux entreprises de surveillance-gardiennage, de protection de personnes et d’investigation privée (3). La profession est désormais plus étroitement encadrée : les contrôleurs, dorénavant assermentés, doivent signaler systématiquement les infractions à la justice (4). Cette montée en puissance de la régulation s’accompagne d’une intégration croissante de la cybersécurité dans les formations et dispositifs, reflet de la convergence entre sécurité physique et numérique.
Sécurité publique : lois sectorielles et budgets en hausse
Plusieurs lois ont complété ce dispositif. La loi du 9 juillet 2025 protège mieux les professionnels de santé : elle aggrave les peines en cas de violences ou menaces à leur encontre, crée un nouveau délit « d’outrage » et simplifie les dépôts de plainte (5) Du côté des transports, la loi de mars 2025 renforce les pouvoirs des agents SNCF et RATP, autorise sous conditions les palpations volontaires et prévoit des sanctions pour l’abandon de bagages non étiquetés.
Sur le plan financier, le projet de loi de finances 2025 a été l’un des rares à augmenter substantiellement les crédits des forces de sécurité : la police (programme 176) et la gendarmerie (programme 152) ont vu leurs autorisations d’engagement progresser respectivement à 13,7 Mds € et 11,4 Mds €, soit des hausses de 2,9 % et 3 % sur un an (6). En parallèle, le programme « Sécurité civile » a maintenu un haut niveau d’investissement pour les moyens aériens et les services départementaux d’incendie et de secours, tandis que le Beauvau de la sécurité civile a débouché sur cinq axes de modernisation, annonçant une loi de transformation pour 2026 (7).
Souveraineté numérique et cybersécurité
La question de l’hébergement des données sensibles est devenue centrale. Une étude menée début 2025 a révélé que, si 78 % des décideurs placent la protection des données et la souveraineté au cœur de leur stratégie, seuls 27 % des budgets cloud vont vers des solutions « de confiance » françaises ou européennes (8). L’approche SecNumCloud d’ANSSI, imposant localisation des données et exploitation par des opérateurs européens, s’impose progressivement face aux offres des hyperscalers américains soumises au Cloud Act.
Sur le front législatif, la transposition de la directive NIS2 a franchi une étape avec l’examen du projet de loi « Résilience », qui doit étendre les obligations de cybersécurité à près de 15 000 organisations en France.. L’ANSSI a également alerté sur des campagnes d’intrusion de grande ampleur, comme l’opération ENDGAME contre des infrastructures cybercriminelles ou le groupe « Houken » exploitant des vulnérabilités zéroday sur des appliances réseau (9). La CNIL, de son côté, a publié en juillet des recommandations pour développer des intelligences artificielles respectueuses des données personnelles et annoncé un plan pluriannuel sur l’IA (10).
Perspectives
Au croisement de la réglementation et de l’innovation, 2025 aura donc été une année charnière. L’État a renforcé la formation et le contrôle dans la sécurité privée, augmenté les moyens des forces publiques et fixé un cap ambitieux en matière de cybersécurité et de souveraineté numérique. Face à la multiplication des menaces hybrides, cette dynamique devrait se poursuivre en 2026 avec la concrétisation des lois en préparation et l’essor des technologies de prédiction et d’assistance (IA, drones), qui bousculent déjà la frontière entre sûreté physique et sécurité des systèmes d’information.
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(2) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051058748#:~:text=